A la rencontre du F-111

texte et photos Olivier Boyer

En septembre 2019, alors que j’étais en vacances dans la belle ville de Chicago (Illinois), j’entrais dans une bibliothèque, « Aviation Chicago Library », dans laquelle étaient exposées dans des vitrines une lettre manuscrite et quelques photos N&B qui attirèrent ma curiosité …

Il y a de nombreuses histoires sur les missions de sauvetage de pilotes éjectés pendant la guerre du Vietnam. Je trouve celle-ci intéressante, la voici racontée et illustrée.

Le F-111 en action

Le General Dynamics F-111A, bombardier biplace côte-à-côte tout temps à voilure à géométrie variable, fut utilisé pour la première fois en Asie du Sud-Est en mars 1968, lors de l’opération « Combat Lancer ».

Le chasseur-bombardier F-111A a effectué près de 3 000 missions durant la guerre du Vietnam. Mais de 1968 à 1973, les F-111 furent cloués au sol à plusieurs reprises en raison de pertes jugées alors excessives. Ainsi, rien que pendant l’année 1969, quinze F-111 ont été perdus à la suite de pannes mécaniques ou à cause de tirs ennemis. Les principaux dysfonctionnements concernaient les réacteurs, ou le Terrain Following Radar (TFR, radar de suivi de terrain).

Le 22 décembre 1972, l’équipage de F-111A 67-0068 du 429th Tactical Fighter Squadron (basé à l’époque à Takhli RTAFB en Thaïlande), composé du capitaine Robert D. Sponeybarger (pilote) et du lieutenant William W. Wilson (Weapons Systems Officer ou WSO, officier des systèmes d’armes) a été abattu.

A noter soit dit en passant que le F-111A « suivant », le N°67-0069, est exposé en extérieur au Southern Museum of Flight à Birmingham, Alabama

Perdu en territoire ennemi

Sponeybarger et Wilson participaient à un raid contre des cibles dans la région de Hanoï, dont des installations portuaires. Lors de l’attaque du port de Hanoï à 21h38, après avoir largué des bombes de 225 kg, « Jackel 33 » (chacal) fut touché par des tirs ennemis. Le réacteur droit dut être coupé en raison des dégâts, puis l’équipage dut s’éjecter sur un terrain accidenté à moins de 100 kilomètres à l’ouest de Hanoï alors que l’avion prenait feu avec un système hydraulique en panne.

Sponeybarger fut capturé trois jours après, Wilson fut « presque » secouru le quatrième jour. En effet, une opération « Search And Rescue » (SAR ou recherche et sauvetage tenta de le récupérer … mais en vain.

Une mission SAR complexe

L’hélicoptère Sikorsky HH-53C (hélicoptère dénommé « Jolly Green Giant ») 68-10788 du 40th Aerospace Rescue and Recovery Squadron de Nakhon Phanom, indicatif « Jolly 288 », commandé par le capitaine R.D. Shapiro, essuya un tir nourri en tentant de secourir Wilson et dut se replier. Malgré un copilote blessé, l’équipage du « Jolly Green Giant » retourna pour une nouvelle tentative de récupération du fugitif : Wilson était à deux doigts de monter dans l’hélicoptère lorsqu’il perdit l’équilibre, l’hélicoptère dut quitter la zone face à l’arrivée de troupes ennemis. Le HH-53 tenta alors ensuite de se ravitailler en vol en carburant à partir d’un avion HC-130. Cependant, la perche de ravitaillement en vol avait été atteinte par les tirs. À court de carburant, le HH-53 ne put rester plus longtemps. Gravement endommagé, en perdition, il atteignit de justesse une colline au nord-est de Ban Ban tout en étant couvert du feu ennemi par un autre « Jolly Green » en renfort. Le HH-53 touché dut être abandonné en territoire ennemi et fut ensuite détruit par des A-7 (Wilson erra deux jours supplémentaires, mais fut finalement capturé après Noël alors qu’il tentait d’atteindre un bidon-conteneur de nourriture largué par un A-7.

La photo 3 montre une photo N&B exposée en vitrine illustrant un hélicoptère HH-53C « Jolly Green Giant ».

La photo 4 illustre un MH-53 Pave Low, successeur direct du HH-53, photographié à l’Aviation Armement Museum à côté de Eglin Air Force Base (Floride).

La photo 5 montre un A-7D au Wings of Eagles Discovery Center dans l’état de New York.

Retour à la maison

Le 29 March 1973, Sponeybarger et Wilson, après une période passée en tant que « Prisoners Of War » (prisonniers de guerre), furent libérés par les Nord-Vietnamiens, ainsi que 589 autres américains au cours de l’Opération « Homecoming » (retour à la maison), qui marqua la fin de l’engagement américain suite aux accords de paix de Paris.

Ce fut le seul équipage de F-111 à être fait prisonnier de guerre pendant cette période.

Les responsables de l’US Air Force soupçonnaient alors des problèmes mécaniques à l’origine de la perte du F-111. Le capitaine Sponeybarger et le lieutenant Wilson exclurent cependant la possibilité de problèmes mécaniques : « Nous avons été touchés par des armes légères », déclara Wilson, par ce qu’on pourrait qualifier de tir d’opportunisme.  En effet Sponeybarger ajouta que les armes légères étaient alors les dangers les plus redoutés à basse altitude par les équipages de F-111. Les missiles antiaériens utilisés au Nord-Vietnam étaient inefficaces aux basses altitudes, et les canons de DCA ne pouvaient pas balayer le ciel suffisamment vite pour les atteindre.

L’histoire ne s’arrête pas là …

De cet équipage d’hélicoptère HH-53 faisait alors partie un certain James W. Cockerill, Aerial Combat Photographer au 601st Photo Squadron, Detachment 12, 40th Aerospace Rescue and Recovery Squadron. Détenteur de la Silver Star, le sergent Cockerill s’était distingué par sa bravoure lors d’opérations militaires près de Hanoï, et notamment le…27 décembre 1972 ! Ce jour-là, le sergent Cockerill, photographe de combat, se rend volontairement dans une zone hautement hostile à bord du HH-53C « Jolly 288 » pour tenter de secourir l’aviateur américain abattu. Son hélicoptère étant soumis à un feu nourri, le sergent Cockerill participe activement aux recherches du pilote survivant. Une fois celui-ci localisé, il se tient aux côtés du treuilliste et tire à la mitrailleuse pendant la descente du dispositif de sauvetage. Par sa bravoure et son dévouement, le sergent Cockerill est ainsi distingué.

Malgré cette tentative de sauvetage avortée, Wilson écrivit une lettre le 27 septembre 1973 (photo 6 montrant la première page de cette lettre manuscrite exposée) dans laquelle il remercie vivement Cockerill et l’équipage de l’hélicoptère « Jolly 288 » pour les risques pris sous le feu de l’ennemi (rappelons que le copilote de l’hélicoptère fut touché par des tirs). Wilson évoque aussi dans son courrier les A-7 qui participaient aux missions CSAR (Combat, Search And Rescue).

Le rôle de CSAR est assuré de nos jours par le Sikorsky HH-60W Jolly Green (photo 7 prise à « Aviation Nation » à Nellis Air Force Base, Nevada, en 2022).

Sources :

Cette histoire est détaillée sur les sites internet suivants :

www.pownetwork.org (côté Wilson),

www.rotorheadsrus.us (côté Cockerill).

Ajoutons le livre « F-111 Fort Worth Swinger » par Bob Archer (en anglais).

Pour finir, je dois avouer mon goût sans limite pour ce chasseur magnifique que fut le F-111 et que je n’ai vu en vrai qu’une fois, au décollage un jour de septembre 1992 de l’aéroport de Clermont-Aulnat, un sacré souvenir !

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