Texte et photos Ludovic Hoarau
Le 12 août 2026, une éclipse solaire était visible partout en France métropolitaine sous forme d’éclipse partielle avec des taux d’obscuration dépassant 90 % sur l’ensemble du territoire. Dans le sud-ouest (Biarritz, Bordeaux, Toulouse, Montpellier), l’occultation du Soleil a atteint entre 97 % et 99,5 %, transformant le coucher de Soleil en scène presque crépusculaire en plein été. Ce contexte offre une occasion idéale pour une initiation à l’astrophotographie, du simple Smartphone à l’appareil reflex équipé d’un téléobjectif.
Comprendre l’éclipse du 12 août 2026
Information prise de l’Association française d’astronomie (AFA) et l’Observatoire de Paris, l’éclipse totale du 12 août 2026 passera par le Groenland, l’Islande, puis le Portugal et le nord de l’Espagne, alors qu’elle sera seulement partielle en France. Le phénomène débutera vers 19 h 20 (heure légale française, UTC+2), avec un maximum autour de 20 h 20 avant de se terminer peu après 21 h, selon les régions.
Une Eclipse Solaire, qu’est-ce que c’est ?
Je ne vais pas faire mon spécialiste. Une éclipse solaire (ou plus exactement une occultation solaire) se produit lorsque la Lune se place devant le Soleil, occultant totalement ou partiellement l’image du Soleil depuis la Terre cf. WIKIPEDIA.
Une éclipse lunaire se produit à chaque fois que la Lune se trouve dans l’ombre de la Terre.
Par contre, si le Soleil est entre la Lune et la Terre, s’en est fini pour nous.

LA Sécurité avant la photographie
NE JAMAIS REGARDER LE SOLEIL DIRECTEMENT OU SANS UN ACCESSOIRE ADAPTE.
Regarder une éclipse solaire à l’œil nu, c’est comme fixer un laser très puissant…
Pendant une éclipse, la luminosité baisse, donc tes yeux se disent : « Ah, super, c’est moins brillant, on peut regarder ! » Sauf que les rayons ultraviolets (UV) et infrarouges du Soleil restent aussi intenses que d’habitude. Résultat : ta pupille s’ouvre plus grand, et tu laisses entrer encore plus de rayons nocifs.
Ces rayons peuvent brûler la rétine et la cornée, sans que tu ressentes aucune douleur sur le moment ‘l’œil n’a pas de récepteur de la douleur. Les symptômes (taches noires, vision floue, baisse d’acuité) n’apparaissent souvent que plusieurs heures après… et peuvent être permanents et irréversibles ; allant jusqu’à la cécité.
Les institutions (AFA, Société astronomique de France, Nasa, AAS) rappellent qu’il est dangereux de regarder le Soleil sans protection adaptée, même pendant une éclipse partielle. Ceci impose le port de lunettes d’éclipse certifiées ISO 12312‑2:2015 pendant toute la durée du phénomène.
Pour les appareils (Smartphones, appareils photo, jumelles, télescopes), un filtre solaire doit être placé à l’avant de l’optique, jamais sur le viseur ni derrière l’instrument. Les matériaux improvisés comme lunettes de soleil, films photo, radiographies, verres fumés, CD/DVD ou emballages métalliques ne sont pas sûrs et ne doivent pas être utilisés pour observer ou photographier le Soleil – une éclipse solaire ou pas !
J’ai opté pour le filtre BAADER-SOLARIUM Densité 5. Disponible dans tous les shops de matériels astronomiques. Je ne me pose pas de questions avec mes yeux, c’est du bon matériel et de la bonne qualité + Un peu de bricolage avec une imprimante 3D pour me fabriquer un porte filtre.
En 1995 et 2015, j’avais simplement fixé mon film solaire sur mon objectif avec 2 élastiques – simple et tout aussi efficace.


Choix du lieu et conditions d’observation
La visibilité de l’éclipse dépend fortement du ciel local : il faut viser un ciel dégagé, une faible nébulosité et une bonne visibilité sans pollution vers l’Ouest. Les régions du sud et du littoral méditerranéen bénéficient statistiquement d’un ensoleillement plus important en août, mais restent exposées à des risques orageux en fin de journée.
Pourquoi une vue dégagé vers l’Ouest ?
En France, l’éclipse s’est produit en début de soirée avec un Soleil déjà bas sur l’horizon – le soleil se couche à l’Ouest pour les platistes et les globistes (au moins un point commun), ce qui impose de choisir un site avec un horizon parfaitement dégagé (mer, plaine, altitude dégagée) pour ne pas voir l’astre disparaître derrière des obstacles avant la fin du phénomène. Les cartes de visibilité (ex : eclipsemap.xyz) et les simulateurs de nombreuses applications mobiles (sunlocator, stelarium, eclipse 2.0, prévi+, ….) permettent de vérifier si le Soleil sera visible depuis un lieu donné en tenant compte du relief et des bâtiments.

Pollutions lumineuse et atmosphérique
Pour une éclipse solaire, la pollution lumineuse classique (lampadaires, enseignes) joue moins que pour la photo de ciel profond, car le Soleil reste très lumineux même largement occulté. En revanche, les brumes, l’humidité élevée et les nuages épais peuvent atténuer le contraste du croissant solaire et rendre la mise au point plus difficile.
Ce fut mon cas en 2015 où des nuages se sont invités : Sympa, original ; mais moins d’effet « Waouh ! »
Les conseils généraux de l’astrophotographie restent valables : privilégier un ciel clair, limiter la pollution atmosphérique (fumées, poussière), et s’assurer d’une bonne stabilité du sol pour le trépied ou la monture. Il est utile d’arriver en avance pour repérer les sources de lumière parasites qui pourraient créer des reflets ou des flare sur les objectifs grand‑angle.

Matériel : du smartphone au reflex
Outre ses propres yeux, l’équipement minimal peut être un simple smartphone doté d’un mode manuel ou « Pro ». Un déclencheur à distance ou un retardateur, combiné à un petit trépied et à un support pour verrouiller le smartphone, permet déjà d’obtenir des images nettes sans flou de bougé.
C’est ce qu’a fait mon ado de fils avec son smartphone greffé dans la main (APRES avoir mis un filtre spécial éclipse !! oui, oui, même sur un smartphone !!)

Pour les appareils reflex ou hybrides, il est recommandé de disposer d’un mode manuel complet, d’un trépied stable, d’une télécommande ou d’un intervallomètre, et d’objectifs adaptés à la composition souhaitée : un 24–25 mm pour le paysage + Soleil, un 100–400 mm pour un cadrage assez serré, et un 150–600 mm pour des gros plans du disque solaire. Le format RAW est à privilégier pour conserver un maximum d’informations pour le traitement ultérieur.
Partie 1 : Prises de vue à main levée
Smartphone à main levée
Pour un smartphone utilisé à main levée avec un filtre solaire adapté devant l’optique, les conseils typiques pour une éclipse partielle sont : ISO le plus bas possible (100–200), vitesse d’obturation très rapide (1/1000 s à 1/2000 s pour commencer) et réduction de l’exposition de –1 à –2 EV pour éviter la surexposition du croissant solaire. Il est recommandé de n’utiliser que le zoom optique (téléobjectif 2x, 3x ou 5x) et d’éviter le zoom numérique qui dégrade la qualité. Le mode automatique est plus aléatoire du fait de la forte luminosité et du fort contraste.
La mise au point doit être verrouillée manuellement sur le bord du Soleil en maintenant le doigt sur l’écran, et il est judicieux d’activer le mode rafale pour saisir les variations rapides de luminosité. En France, où l’éclipse restera partielle, la rafale permet de capturer l’évolution du croissant solaire au fil des minutes.
Reflex/Hybride à main levée
Pour un reflex ou un hybride à main levée, idem que pour le smartphone : l’usage d’un mode entièrement manuel est : ISO le plus bas possible (100–200), vitesse d’obturation très rapide (1/1000 s à 1/2000 s pour commencer) car le Soleil demeure très lumineux même filtré.
À main levée, la stabilisation optique ou capteur de l’objectif/boîtier aide à compenser les mouvements, mais la légère rotation du Soleil dans le cadrage reste négligeable à ces temps de pose. L’usage de la visée par écran (live view) plutôt que du viseur optique est préférable, ici pour protéger les yeux et faciliter la composition.
Partie 2 : Prises de vue sur trépied
Avantages du trépied
Un trépied bien stable améliore fortement la qualité des images, en particulier à longue focale, car la moindre vibration à 300 mm ou plus peut rendre la photo floue. Le trépied permet aussi de composer une scène incluant paysage et public, puis de se concentrer sur les réglages sans recadrer à chaque déclenchement ; ou presque ! car la Terre tourne ! Si, si, elle tourne !
J’ai désactivé la stabilisation optique et utilisé une télécommande pour éviter les vibrations lors du déclenchement. Un trépied avec tête inclinable facilite le suivi manuel du Soleil au cours de l’éclipse, surtout avec un téléobjectif.
Smartphone sur trépied ou plutôt une ActionCam sur trépied
Fixer le smartphone sur un trépied et utiliser un support adapté permet d’aligner l’appareil vers le Soleil avec le filtre déjà en place, puis de déclencher en mode Pro avec des réglages similaires à ceux à main levée, mais avec un cadrage plus stable.
Même principe, mais j’ai remplacé mon smartphone par ma camera Live-Action pour faire un Timelapse en grand‑angle montrant l’ambiance : assombrissement du ciel, changement de couleur de l’horizon.
Résultat ? C’est complètement raté. Je me suis planté dans mes calculs pour avoir une vidéo fluide, je voulais une vidéo de 15-20 seconde (à 25 à 40 images par secondes en 4k pour 3 heures d’éclipse).
J’ai bien ma video TimeLapse mais elle dure à peine 2 secondes. Pourtant, je ne suis pas à mon 1er TimeLapse. L’important n’est pas la chute mais comment on se relève. Je ferai mieux la prochaine fois. « Je ne perds pas, j’apprends », Nelson Mandela.
- MEMO pour moi-même : Pour « raccourcir » un événement de 3 heures (180 minutes) en une vidéo timelapse de 20 à 30 secondes, vous devez prendre une photo toutes les 12 à 18 secondes. – minimum 500 images à capturer.
Reflex/Hybride sur trépied
Pour un boîtier sur trépied, j’étais à 200ISO et ouverture f/8 et vitesse de 1/2000 à 2 secondes selon les phases du soleil. Un bracketing à 5 images à des vitesses différentes m’a permis de capturer tous les détails du croissant solaire. La mise au point manuelle doit être effectuée une fois pour toutes sur le bord du Soleil, en désactivant l’autofocus qui peut être trompé par le fort contraste avec le ciel sombre.
Mon 100–400 mm sur trépied offre un compromis entre détail du disque solaire et inclusion d’un bout de paysage, tandis qu’un 150–600 mm se prêtera mieux aux gros plans sur le croissant et aux effets de « bague » aux bords de la bande de totalité (pour ceux qui sont en Espagne).

Règle du temps de pose et filé
En astrophotographie grand champ, une règle simplifiée (« régle des 500 ») suggère de diviser 500 par la focale pour obtenir un temps de pose maximal sans filé d’étoiles sur un trépied fixe. Pour le Soleil, cette règle est moins critique car les temps de pose nécessaires avec filtre restent très courts, mais elle reste pertinente si l’on souhaite capturer l’ambiance du ciel étoilé après l’éclipse ou des planètes visibles (il y avait le début des Perseïdes – une pluie d’étoiles filantes).
Préparation pratique de la séance
La réussite d’une séance d’astrophotographie repose autant sur la préparation que sur la technique pure.
Le jour J, il est important d’arriver en avance sur le site, d’installer le trépied ou la monture, de vérifier l’alignement et de noter les horaires de début, de maximum et de fin de l’éclipse pour ne pas manquer les phases clés.
Flux de post‑traitement simplifié
Comme vu plus haut, je recommande de travailler à partir de fichiers RAW lorsque c’est possible, car ils offrent plus de latitude pour ajuster l’exposition, le contraste et la balance des blancs.
Mon flux de base consiste à corriger légèrement l’exposition, à augmenter le contraste local pour faire ressortir le croissant solaire ou la couronne, et à limiter le bruit dans les zones sombres du ciel – ou encore contraster les taches solaires qui peuvent se montrer dans certaines conditions.
Pour construire une image montrant la progression de l’éclipse, j’ai aligné et superposé plusieurs expositions prises à des moments différents.

Mes conseils pour les débutants en AstroPhoto
« Ne voyez pas trop grand » pour commencer : viser d’abord des objectifs simples comme la Lune, l’éclipse partielle, des amas d’étoiles ou la Voie lactée avant de passer à des setups complexes pour du ciel profond.
IDEM, pour le matériel. Votre reflex de tous les jours (ou votre Smartphone) permet d’appréhender les différentes techniques et règles de la photo du ciel de nuit.
J’ai commencé avec un 24-105 sur un simple trépied (Voie lactée, constellations, Eclipse, Lune, …) pour migrer vers mon 100-400 de tous les jours sur une monture motorisée avec une raquette GOTO. L’avenir ?
Je rêve d’un télescope ! Pas les trucs modernes connectés, un bon tube d’observation mais orienté pour de l’astrophotographie.
Les questions clés à se poser avant d’investir dans une monture ou des optiques lourdes sont le niveau d’expérience, la qualité du ciel accessible, la possibilité d’observer en poste fixe ou en nomade, et le budget disponible – ça monte très, très ….. très vite ! Suivant ses ambitions et objectifs (les 2 sens du terme), on peut planifier une soirée d’observation familiale sécurisée, pédagogique autour de l’éclipse, ou simplement d’observation du ciel ; tout en posant les bases d’une pratique plus régulière de l’astrophotographie. Si cette article vous plait, je ferai d’autres approches (avec d’autres collègues astrophotographes) sur la prise de vue de M31, la Nébuleuse d’Orion, le circumpolaire ….. pour les plus connues ou « facile » – ou prendre une image d’un objet qu’on ne voit pas !
Pour conclure …. (pour ceux qui m’ont suivi jusqu’ici)
Grand fan de photo et de tout ce qui vol (ça, vous le savez), peu importe le sujet de la photo …… la discipline demande beaucoup de pratique, de technique, de temps et…… d’argent, parfois – nos cailloux coutent souvent plus d’un SMIC ! et tout le matériel de notre sac additionné ?!!.
L’astrophotographie est peut-être la pire discipline en terme de coût ; car tout le matériel est possible et disponible pour un amateur : TOUT, de toutes les tailles, tous les diamètres, manuel, électriques, automatique, …pour tous les gouts et toutes les bourses. Cette discipline est également exigeante en technique et en temps ; mais tellement passionnante.
Une éclipse solaire est magique et est simple à photographier ; à condition de respecter les règles essentielles de sécurité (ne pas mettre de la crème solaire dans les yeux – mais un bon filtre adapté est essentiel pour votre vue et votre santé).









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