Série d’articles par Robin MORET
Deuxième billet d’une série d’articles dédiés au stockage de nos photos et vidéos, avec un focus sur les solutions de types de NAS (Network Attached Storage). Cette série a pour vocation de vous sensibiliser à la problématique de la sauvegarde pérenne des précieux fichiers photos que nous mettons tant d’ardeur et de moyens à réaliser, à post-traiter, mais rarement à sauvegarder…
Ces articles accompagnent les vidéos que j’avais réalisées en 2022 sur le sujet. L’article constitue « la version courte » et je vous invite à visionner la vidéo en bas de l’article pour plus de détails.
Si vous avez raté la première partie, c’est par ici >>>> Le stockage 1/4
De quelle capacité ai-je besoin?
Acheter un disque c’est comme acheter une maison ou un appartement : mieux vaut prévoir le nombre de chambre pour les enfants à l’avance si on veut s’éviter des déménagements dans le futur. Dans la limite de son budget, évidemment. Il en va de même pour votre stockage numérique : il vaudra mieux acheter de l’espace pour les 2-3 années à venir plutôt que d’acheter juste ce qu’il faut pour dépiler les cartes mémoires du dernier voyage. Prévoir à plus longue échéance n’est pas forcément utile, car contrairement à l’immobilier, le prix du téraoctet diminue avec les années.
Faites une recherche par date de tous vos fichiers créés en 2021, en 2022, en 2023, calculez la taille de l’ensemble, et vous aurez ainsi la tendance du nombre de Go/To de croissance annuel, et extrapolez-le aux 2-3 années à venir.

Prenons trois exemples : Michel, Bernard et Clément. Commençons d’abord Michel qui a un seul boîtier, qui shoote en JPG et qui déclenche avec parcimonie. Michel a aujourd’hui 3To de données (1To en local sur son PC, et un disque externe de 2To bon marché pour les photos) et a besoin de 500Go supplémentaires par an.
Prenons ensuite Bernard qui vient de s’offrir un beau boîtier hybride qui fait des rafales de 10 images/s en RAW sans ciller. Bernard a accumulé 7To de données (1To en local, un premier disque externe de 2To et un autre de 4To), mais va facilement rajouter 1To par an avec sa bête de course.
Prenons enfin Clément qui a plusieurs boîtiers et qui a tendance à avoir le doigt lourd sur le déclencheur. Clément a aussi un drone et fait pas mal de vidéos. Il a stocké par le passé pas mal de fichiers divers. Au final Clément accumule déjà 14To ( 2To en local et deux disques externes de 4To et 8To pour les photos) et rajoute pas loin de 2To par an.
Pour autant, aucun de nos trois compères n’a encore mis de sauvegarde en place, les fichiers n’existent qu’en un seul exemplaire.

La capacité utile est simple à déterminer : à échéance 3 ans, Michel aura besoin de ~5To, Bernard de ~10To et Clément de ~20To.
Mais pour savoir de quelle capacité totale ils ont besoin, il faut néanmoins clarifier auparavant la stratégie de stockage à mettre en place.
Soyez un minimum prévoyant sur votre capacité de stockage.
Quitte à investir, donnez-vous 2 ou 3 ans de marge.
Quelle stratégie de sauvegarde ?
La stratégie de sauvegarde doit répondre au(x) risque(s) que vous voulez couvrir. La stratégie classiquement citée comme idéale est la « 3-2-1 ». Un raccourci pour indiquer 3 instances des données, sur 2 supports différents, dont au moins 1 est géographiquement séparé. Concrètement, cela veut dire que le même fichier IMG_0753.CR2 ou IMG_3874.NEF sera
- disponible sur le disque de travail courant,
- copié sur un disque de sauvegarde local,
- copié sur un disque de sauvegarde distant.
Pour le distant, on peut imaginer plusieurs solutions : un NAS accessible à distance chez un ami ou la famille, un disque dur qui dort dans le garage ou une sauvegarde dans le cloud. Mais évidemment, la solution idéale a un prix !

En comparaison, Michel, Bernard et Clément sont plutôt en configuration « 1-1-0. » Une seule version des fichiers (les originaux) sur un disque dur, zéro copie locale et a fortiori zéro copie distante. Autant dire qu’ils sont exposés à tous les risques possibles et imaginables. Laissons la copie distante de côté pour l’instant. Le minimum minimorum en termes de stratégie de stockage et de mettre en place une copie locale, sur deux supports distincts, c’est à dire une stratégie « 2-2-0 »
Si vous tenez à vos fichiers, ayez au moins deux instances de vos fichiers sur deux supports différents (stratégie 2-2-0).

Double HDD externe, Double NAS, mi NAS- mi HDD ou NAS bi-volume.
Alors, quelle capacité acheter ?
Reprenons nos exemples, avec une vue à 3 ans. Comme calculé précédemment, Michel aura besoin de ~5To, Bernard de ~10To et Clément de ~20To. Et comme exprimé ci-dessus, la capacité totale doit être doublée pour assurer une capacité utile donnée en stratégie 2-2-0
Michel aura sans doute intérêt à s’équiper de deux volumes de 4To :
- un premier pour les originaux (2To aujourd’hui, et donc 2To de marges pour les années à venir)
- un second qui sera la copie du premier (et donc de même capacité)
Sur le même schéma, Bernard partira sur deux volumes de 10To et Clément sur deux volumes de 18To.
Cas | Capacité actuelle | Capacité utile nécessaire | Capacité totale nécessaire |
---|---|---|---|
Michel | 3To 1To int + 2To ext | 5To | 9To 1To int + 4To ext originaux + 4To ext copies |
Bernard | 7To 1To int + 2To ext + 4To ext | 10To | 21To 1To int + 10To ext originaux + 10To ext copies |
Clément | 14To 2To int + 4To ext + 8To ext | 20To | 38To 2To int + 18To ext originaux + 18To ext copies |
Evidemment pour passer à une stratégie « 3-2-1 », il faudrait un troisième volume.
Que ce soit pour Michel ou Clément, les solutions disques externes ou NAS (voire un mix des deux) sont envisageables, mais avec critères et des avantages différents.
Acheter un HDD externe vs acheter un NAS
Les critères techniques d’achat d’un HDD externe sont très simple :
- La capacité en To
- Le type d’interface USB (c’est à dire le débit)
- La marque / la garantie

Pour les petites capacités on trouve des disques « mobiles » (alimentés par le port USB) . Au-delà on aura des disques de bureau qui ont généralement leur alimentation externe. Les HDD contenus dans ces boîtiers sont de catégorie « grand public », c’est à dire conçus pour travailler ponctuellement, avec une garantie d’un à deux ans, et ont un niveau sonore assez bas. En termes de capacités, cela va de 1To à 18To par disque avec des débits de l’ordre de 180-200Mo/s (si interface USB3 mini).
En comparaison, l’achat d’un NAS nécessite plus de réflexion. En effet, la plupart du temps on achetera séparement le NAS et les disques qui vont le peupler. Il y a aujourd’hui 3 grandes marques de NAS, Synology, QNAP et Asustor.
Les critères techniques d’achat du NAS sont :
- Le nombre de baies
- La marque / le système d’exploitation
- Le type d’interface Ethernet (c’est à dire le débit)
- Les performances processeur / mémoire
- La marque / les garanties

Nous reviendrons sur le nombre de baies dans le prochain article. A ce stade, retenez que pour tirer tout le bénéfice d’un NAS, au moins une des baies sera utilisée pour créer une redondance mécanique. Ainsi, si vous achetez un NAS 4-baies, seulement trois seront disponibles pour la capacité de stockage. Synology est aujourd’hui leader sur le segment grand public en particulier parce que la prise en main de leur système d’exploitation DSM est la plus aisée. D’un point de vue performances matérielles pures, QNAP a un léger avantage, mais qui intéressera plus les vidéastes que les photographes.
Ensuite les critères techniques d’achat des disques seront :
- la capacité en To
- la catégorie / la garantie
Les disques pour NAS sont assez différents des disques grand public. Ce sont les disques qui équipent les data center. Ils sont faits pour tourner H24, sont en général assez bruyants, mais fiables et garantis 5 ans. Ils sont un peu plus chers, mais cela reste raisonnable. Les grandes marques sont Western Digital, Seagate et Toshiba. Chacun y va de ses gammes (Red/ Red Plus/Ultrastar pour WD, IronWolf, IronWold Pro, Exos pour Seagate etc.) . Les capacités vont de 2To à 26To par disque, avec des débits de l’ordre de 220-270Mo/s.
Les critères d’achat d’un NAS sont plus complexes que pour un HDD externe.
Il est conseillé de prendre le temps de la réflexion avant d’acheter.
OK, j’achète un NAS, mais que faire des mes anciens HDD externes ?
Vous avez accumulé beaucoup de disques externes par le passé et vous souhaitez passer au NAS ? Pas besoin de les jeter à la poubelle. Plusieurs choix s’offrent à vous :
- La revente (ebay, leboncoin) : regardez un peu le prix du marché et en général ça part assez vite. Prenez toutefois soin d’effectuer un formatage sécurisé avant de revendre un disque.
- Conserver les plus petits disques pour faire une sauvegarde d’un PC/Mac : une fois que vous aurez un NAS, vous aurez intérêt à y placer tous vos fichiers de travail (documents, musique, photos, vidéos, films etc), et en conséquence, le disque dur de votre PC/Mac va se vider et se résumer à l’hébergement du système d’exploitation et des applications. (donc en général moins d’un To).
Il est important d’avoir une sauvegarde de votre PC, au cas où il crashe, pour pouvoir le réinstaller sans délai. Bien sur vous pouvez utiliser votre NAS pour cela. Mais il peut être tout autant voire plus efficace d’utiliser un HDD externe de 1 ou 2To connecté en direct au PC/Mac en question. - Connecter vos HDD à votre NAS : les NAS ont des ports USB et savent gérer des disques externes. Cela permet d’étendre la capacité de votre NAS à pas cher, mais ce n’est pas optimal en termes de performances
- Réutiliser les disques pour peupler votre NAS : pour les disques externes de bureau, si vous vous en sentez capable, vous pouvez prendre votre tournevis et l’ouvrir pour récupérer le disque physique qu’il contient. Vous pourrez ensuite peupler une des baies du NAS avec ce disque. C’est une pratique qui s’appelle le « disk shucking » (écaillage en français). Vous trouverez pleins de videos sur Youtube en fonction de votre modèle de disque.
Quelques remarques toutefois :- Le NAS reformatera ce disque quand vous l’insèrerez, donc prenez soin de transférer les données qu’il contient au préalable
- En fonction du type de RAID que vous aurez choisi (voir partie 3/4 de la série d’article), vérifiez que la taille du disque en question est cohérente avec celles des autres disques
- La qualité des disques équipant les boitiers HDD externes peut être très variable. Certains ne supporteront pas de tourner H24 très longtemps, mais ca vous permet d’étaler le budget (puisque le NAS sera robuste à cette panne, vous dépenserez plus tard sans rien perdre).
Comparatif des solutions HDD externe vs NAS
Le tableau ci-dessous offre une comparaison des différentes solutions / stratégies, vis-à-vis des différents critères évoqués précédemment, ainsi qu’en termes de coûts (prix indicatif) pour trois capacités différentes. On voit que pour les petites capacités, les solutions HDD externes restent les plus réalistes. Mais dès qu’on va dépasser la dizaine de To, le NAS commence à être intéressant. Même s’il reste évidemment plus cher, le ratio du prix au To vs HDD externe devient attractif vis-à-vis à la protection qu’il offre :
Critère | HDD Externe seul (1-1-0) | HDD Externe x 2 (2-2-0) | NAS Simple Volume (1-1-0) | NAS Double Volume (2-2-0) | NAS x2 (2-2-0) | NAS x3 (3-2-1) |
---|---|---|---|---|---|---|
Erreur de manipulation | 🙁 🙁 | 😐 1 | 🙁 🙁 | 🙂 | 🙂 | 🙂 🙂 |
Problème électrique (alim, foudre) | 🙁 | 😐 1 | 🙁 | 🙁 à 🙂 3 | 🙁 à 🙂 3 | 🙂 |
Vol physique | 🙁 🙁 | 🙁 | 😐 | 😐 | 🙂 | 🙂 🙂 |
Panne mécanique du disque Corruption naturelle des données | 🙁 🙁 | 😐 1 | 🙂 | 🙂 | 🙂 | 🙂 🙂 |
Dégat des eaux, incendie | 🙁 🙁 | 🙁 🙁 | 🙁 🙁 | 🙁 🙁 | 😐 | 🙂 |
Capacité de stockage extensible | 😐 | 😐 limité par nombre ports USB | 🙂 2 | 😐 2 | 🙂 2 | 🙂 2 |
Sauvegarde simple & robuste | N/A | 😐 1 | N/A | 🙂 | 🙂 | 🙂 🙂 |
Débit de données pour utilisation photo | 🙂 si USB >3.0 | 🙂 si USB >3.0 | 😐 | 😐 | 😐 | 😐 |
2 Dépend du nombre de baies à l’achat
3 Dépend de la présence d’un onduleur ou UPS (Uninterruptible Power System)
On constate aisément le gain apporté par une stratégie 2-2-0, en particulier si un NAS est utilisé. La seule véritable faiblesse des NAS par rapport au HDD externe sont les débits limités par le réseau Ethernet. Sur tous les autres critères, il aura l’avantage.
Voyons maintenant via le tableau suivant des exemples concrets de configuration pouvant répondre aux besoins de nos trois comparses.
Cas | HDD Externe x 2 | NAS x2 | NAS bi-volume | |||
---|---|---|---|---|---|---|
Michel | 2 disques 4To | 60€/To | 2 NAS 2 baies +2×2 disques 4To | 265€/To | 1 NAS 4 baies +2×2 disques 4To | 245€/To |
Bernard | 2 disques 10To | 50€/To | 2 NAS 2 baies 2×2 disques 10To ou 2 NAS 4 baies 2×3 disques 6To | 160€/To 180€/To | 1 NAS 6 baies +2×3 disques 6To | 180€/To |
Clément | 2 disques 18To | 40€/To | 2 NAS 4 baies 2×3 disques 10To | 120€/To | 1 NAS 6 baies +2×3 disques 10To | 120€/To |
On constate assez aisément sur ce tableau
- qu’adopter un NAS induit forcément un surcoût par rapport à un disque externe, (prix du boîtier et plus de disques achetés pour une même capacité utile).
- que pour les petites capacités, la solution HDD externe reste sans doute la plus réaliste.
A vous de voir si vous jugez l’investissement pertinent par rapport aux smileys du tableau précédent. Encore une fois, le bon juge c’est de savoir combien vous seriez prêt à payer pour récupérer vos photos le jour où vous les perdez.
Il faut aussi garder en tête qu’une solution à base de disques externes nécessitera l’achat d’un logiciel spécialisé pour assurer la sauvegarde régulière et systématique de vos données, ce qui aura un coût supplémentaire. Par ailleurs la plupart de ces logiciels agissent par « copier-coller » de fichiers d’un disque sur un autre (très bien). Mais ils ne se soucient pas trop de savoir si la copie a été bien faite et surtout si elle est restée intègre dans le temps (moins bien). Il n’y a pas vérification d’intégrité, et vous pourrez vous trouvez fort dépourvu lorsque vous vous rendrez compte que par mégarde des fichiers de votre « copie locale » ont disparu ou sont devenus illisibles le jour où vous en aurez besoin. Un peu sur le principe de la route de secours qui serait mal gonflée voire crevée quand vous êtes en galère sur la bande d’arrêt d’urgence.
En comparaison, un NAS arrive avec une suite logicielle intégrée (je ne vais pas dire gratuite, mais faisant partie du coût d’achat) taillée pour la sauvegarde. Il met en oeuvre à plusieurs niveaux des moyens de s’assurer que les fichiers sont et restent intègres dans le temps (système de fichiers Btrfs, surveillance de la santé des disques, vérification de checksum des fichiers). Dans le cas où ça ne serait pas le cas, vous serez alerté dès détection du souci et non le jour ou vous en avez besoin.
Une stratégie de stockage réfléchie a un coût. Une assurance aussi.
C’est le prix de la sérénité.
Conclusion de la seconde partie
Le stockage des photos est un élément tout aussi important que la prise de vue et mérite qu’on y prête attention.
- Il est primordial d’avoir au moins une copie de vos originaux sur deux supports différents (stratégie 2-2-0), idéalement trois (stratégie 3-2-1),
- Les solutions à base de disque externe sont possibles, mais limités. A ne considérer que pour des capacités totales ne dépassant pas les 4 à 8 To,
- Les NAS nécessitent un investissement initial notablement supérieur, mais vous assurent une meilleure protection aux différents risques.
Consulter la troisième partie de cette série d’article >>> Le stockage 3/4
Le stockage 1/4 <<<< Consulter la première partie de cette série d’articles
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