Série d’articles par Robin Moret
Premier billet d’une série d’articles dédiés au stockage de nos photos et vidéos, avec un focus sur les solutions de types de NAS (Network Attached Storage). Cette série a pour vocation de vous sensibiliser à la problématique de la sauvegarde pérenne des précieux fichiers photos que nous mettons tant d’ardeur et de moyens à réaliser, à post-traiter, mais rarement à sauvegarder…
Ces articles accompagnent les vidéos que j’avais réalisées en 2022 sur le sujet. L’article constitue « la version courte » et je vous invite à visionner la vidéo en bas de l’article pour plus de détails.
Les risques pour nos photos
En aéronautique les pilotes passant leur qualification train rentrant apprennent ce dicton : « Dans la vie il y a deux catégories de pilotes, ceux qui ont oublié de sortir le train avant d’atterrir, et ceux qui vont oublier de le faire ». C’est un peu la même chose pour les nombreux fichiers de photos que nous accumulons au fil des meetings et des visites : « il y a ceux qui ont déjà perdu un jour des photos, et ceux à qui cela va arriver ».
Passons en revue les différents risques qui les concernent :
- Erreur de manipulation (mauvais transfert, suppression)
- Panne électrique HDD / Panne d’alim / Foudre
- Vol – Cambriolage
- Panne mécanique du disque
- Dégât des eaux
- Incendie
- Corruption « naturelle » des données
- Sauvegarde incomplète / corrompue / pas à jour
- Les chats qui sont l’incarnation du diable sur terre, ne l’oublions jamais

La première est de loin la plus courante, avec un bug situé « entre la chaise et le clavier » comme on dit. Il existe des solutions de sauvegarde qui permettent toutefois de se prémunir plus ou moins bien de ces risques. Une remarque concernant le dernier risque (pas les chats, hein…) : il s’agit plutôt d’un risque subséquent : c’est le principe de la roue de secours qui serait crevée. On ne le découvre que le jour où on en a besoin et le problème initial n’en devient que plus grave.
Sous-estimer ou ignorer les risques qui pèsent sur nos données, c’est marcher les yeux fermés.
Un jour ça fait mal.
Le stockage est souvent le parent pauvre de notre workflow. Personne n’a envie de dépenser un gros billet pour du stockage. Pour un voyage, un nouveau objectif ou un boîtier, voire un PC, on aura sans doute moins d’hésitation à ouvrir le porte-monnaie. On aura quelque chose entre les mains dont on saura apprécier la performance. On aura un retour « plaisir sur investissement ». Mais personne ne vibre d’impatience d’acheter un nouveau disque dur, pas plus qu’on ne se réjouit de payer l’assurance de sa voiture. Néanmoins tous ceux qui ont eu un accident vous le diront : mieux vaut être bien couvert.
La solution classique : les disques externes
Une majorité d’entre nous a sans doute recours à cette option dès qu’il s’agit de vider ses cartes mémoire. On achète un disque dur (DD) externe USB dans le magasin du coin, on se dit que 4To ça permettra de voir quelques années, et puis on le remplit finalement beaucoup plus vite que prévu. Alors on retourne au magasin, et on en prend un autre. Et un autre. En dix ans on se retrouve avec plein de disques sur le bureau, une multiprise pour les alimenter, certains prennent la poussière dans un placard. Et allez savoir où sont rangées les photos du Tattoo de 2009.

Les disques durs externes ne sont pas une mauvaise solution en soi. Ce sont souvent des bons produits tant qu’on prend des marques reconnues (WD, Toshiba, LaCie, SeaGate), rapides avec les connexions USB récentes, relativement fiables et avec un rapport qualité/prix très attrayant. Cela répond à un besoin ponctuel sans avoir trop à se « saigner » financièrement.
Concernant les disques externes mécaniques (HDD)
- Ils peuvent monter en capacité jusqu’à ~20To (500-600€ en 2023)
- Ils peuvent sortir entre 180Mo/s et 250Mo/s, donc n’importe quelle connexion USB3 suffira (vous serez bridés en USB2)
- Garantie 1 voire 2 ans
- Souvent avec alimentation externe, qui reste le point faible en fiabilité (mais facile à remplacer)
- N’intègrent pas de solution de sauvegarde
- Potentiellement bruyants pour des séries « pro » (type datacenter)
Concernant les disques externes électroniques (SDD)
- Ils peuvent monter en capacité jusqu’à 4To (400-600€ en 2023)
- Ils peuvent sortir entre 1500Mo/s et 2800Mo/s, donc assurez-vous de pouvoir les connecter via USB3.2 Gen2 (10Gb/s) mini et idéalement USB4 ou Thunderbolt (40Gb/s) pour en tirer la substantifique moelle (cf cet article)
- Garantie 1 voire 2 ans
- Alimenté via USB, peut beaucoup chauffer mais c’est « normal »
- N’intègrent pas de solution de sauvegarde
- Parfaitement silencieux
- Même si rien ne bouge dans un SDD, ils subissent quand même une usure et surtout une perte de performances quand ils sont pleins
Les HDD sont la solution à privilégier pour stocker des grosses quantités avec un coût au To bien inférieur au SDD, et des capacités max 5 fois plus importantes. Le SDD est un super outil pour décharger ses photos sur le portable en voyage, mais pas plus.
Ceux qui optent pour des solutions type HDD externe doivent mettre en place eux-mêmes les outils qui permettront d’avoir des copies des originaux, et c’est le PC auquel ces disques sont connectés qui devra faire le boulot. Citons en particulier
- Carbon Copy Cloner pour Mac et PC
- TimeMachine pour Mac
- R-Drive et Retrospect pour PC
Il n’est pas très compliqué de mettre en place une sauvegarde systématique
Il est un peu plus compliqué de s’assurer que cette sauvegarde sera bien disponible et complète le jour où vous en aurez besoin
La solution alternative : les NAS (Network Attached Storage)
La solution précédente considère les DD comme des extensions de stockage de l’ordinateur auquel ils sont rattachés. Le NAS fonctionne selon un autre principe : celui d’avoir un élément autonome de vos ordinateurs. Son but primaire est de mettre à disposition sur le réseau les fichiers qu’il héberge, à condition que celui qui les demande ait les droits suffisants. Bref, ce que la plupart de nous connaissons au quotidien en entreprise.
Cette solution est moins répandue dans le grand public que la précédente pour deux raisons :
- Le ticket d’entrée est supérieur
- Le mise en oeuvre nécessite de s’y pencher un minimum pour intégrer au mieux cet élément dans votre écosystème informatique. On n’est pas exactement dans le plug n’ play, même si les solutions récentes s’en approchent.
Tout comme une box internet, un NAS est un ordinateur en soi. Il a son processeur CPU, sa mémoire RAM, sa prise réseau. Il n’a pas d’écran et vous accédez à sa gestion via votre navigateur web. D’ailleurs la plupart du temps, les NAS sont vendus sans disque dur. Vous aurez la capacité de pouvoir d’en installer 2/4/5/8/12, autant que vous voulez en fait, et vous achetez les disques de votre choix ensuite pour peupler les baies du NAS

Citons ici rapidement les principales caractéristiques :
- Capacité à fonctionner H24, 365 jours par an,
- Capacité de stockage lié au nombre de baies (on peut en laisser certaines vides et les peupler plus tard),
- Débit sortant limité par la connexion réseau (~100Mo/s sur des réseaux standard 1Gbe, ~250Mo/s en 2.5Gbe),
- Intègre des solutions de duplications des fichiers pour sauvegarde,
- Intègre des solutions de robustesse à la panne d’un disque (voire deux) et à la corruption naturelle des données,
- Capacité à sauvegarder plusieurs ordinateurs de manière centralisée,
- Accessibilité des fichiers depuis l’extérieur (désactivable).
On citera aussi des capacités « bonus » qui viennent avec la mise en place d’un NAS : la disponibilité d’un serveur multimédia accessible par votre télé, la sauvegarde en local de vos smartphones, l’hébergement de votre site web, l’enregistrement de vos caméras de surveillance etc
Un HDD externe est un système passif.
Un NAS est un ordinateur au service d’un réseau local.
Définir sa stratégie de stockage
Définir sa stratégie de stockage, c’est d’abord se poser un certain nombre de questions :
- Quels sont les risques dont je veux me prémunir 1/ absolument 2/ si possible 3 / pas forcément
- Quelle période je veux couvrir : l’année prochaine, les cinq ans à venir, les dix ans à venir ?
- Quel avantage pratique je souhaiterais (un stockage centralisé ? un accès depuis l’extérieur ? un système qui gère lui-même les sauvegardes ? des besoins hors photos comme stocker des films ou de la musique ?
- Quel est mon budget (-> si demain on vous mettait une rançon sur l’ensemble de vos photos, combien seriez-vous prêt à aligner pour les récupérer ?)
Ces questions ne sont pas forcément indépendantes les unes des autres, mais elles auront déjà le mérite de vous faire réfléchir sur votre prochain achat concernant le stockage.
Pour ma part, j’avais abouti à la liste de besoins suivante :
- Une capacité de stockage extensible (pour couvrir l’existant et les 5-6 années à venir),
- Une robustesse au crash d’un disque,
- Un système de sauvegarde simple, systématique & robuste (chaque mot compte !),
- Un accès centralisé à toutes mes photos,
- Un débit suffisant quand on les consulte,
- Un accès distant à toutes mes photos si possible,
- Un budget de 2000€ max (~300-400€/an sur la période que je vise).
Conclusion de la première partie
Le stockage des photos est un élément tout aussi important que la prise de vue et mérite qu’on y prête attention
- Etablissez une liste des critères qui sont importants pour vous
- Dressez le bilan de votre exposition aux risques potentiels
- Définissez une stratégie moyen terme (3-5 ans) et le budget associé plutôt que d’être en mode réactif
(mince mon disque est encore plein 😥) !
Consulter la seconde partie de cette série d’article >>> Le stockage 2/4
Laurent Gr
décembre 12, 2023
veritablement remarquable Robin, je n’avais pas encore eu le temps de regarder. et en plus, je retrouve la vidéo ! Topissime vraiment, quel travail 👏