Texte et photos Robin Moret

Cette année, j’ai mis le cap sur la 52e édition de Sun n’ Fun à Lakeland, en Floride. Ce voyage résonnait comme un retour aux sources : ma première visite remontait à 1995. Adolescent, j’y avais accompagné mon oncle, passionné d’aviation. De cette époque, il me restait des images éparses mais marquantes : un Sea Dart montant la garde à l’entrée, un vol mémorable en Stinson Trimotor de 1931, une densité d’avions inédite pour moi et le passage furtif d’un B-2, joyau technologique de l’époque. Trente et un ans plus tard, l’évidence demeure : ce séjour a contribué à forger ma passion à l’époque.



Comme Oshkosh en plus petit
Depuis, mon carnet de route s’est enrichi de nombreux airshows, dont plusieurs éditions d’Oshkosh. Historiquement, Sun n’ Fun et AirVenture sont deux émanations de l’EAA (l’association des constructeurs amateurs américains), dont elles partagent l’ADN. Bien que Sun n’ Fun ait pris son indépendance en 2007, l’esprit demeure inchangé.
Pendant six jours, Lakeland devient le deuxième plus grand rassemblement mondial, une fourmilière aéronautique mêlant un salon de l’aviation générale et d’affaire, un airshow quotidien, des conférences pour apprendre à construire ou entretenir son avion, un musée, un camping géant, et un rassemblement d’avions, gyros, ULM, warbirds, vintages avec des parkings avions tellement étendus qu’il y a un service de transport interne à la manifestation






Un anniversaire tricolore entre ferveur et imprévus
Placée sous le signe du « Rouge, Blanc, Bleu », cette 52e édition célébrait en fanfare les 250 ans de l’indépendance américaine. La semaine fut un véritable festival de chemises hawaïennes patriotiques, dont seuls les Américains ont le secret.
Pourtant, le programme initial a dû composer avec les aléas géopolitiques. Les tensions dans le Golfe Persique ont entraîné de nombreuses annulations au sein des contributions militaires : sur les déploiements prévus (F/A-18, C-17, KC-46), seuls le F-22 et les Thunderbirds ont finalement confirmé leur présence.
Le plateau historique a également souffert. Le F-4 de Houston n’était pas prêt à temps, tandis que le F-100, victime d’une panne électrique de dernière minute, a dû renoncer à son envol pour la Floride. Et étonnamment, malgré la présence d’une dizaine de Mustangs et du F-22, aucun Heritage Flight n’est venu couronner le spectacle cette année.






Mais de belles raretés au menu
Les organisateurs ont toutefois réussi à rebondir en amenant des éléments assez rares :
- le Super Constellation « Bataan » de Rod Lewis, accompagné d’un Mallard
- un des F-104 de Cap Canaveral qui est passé sur une matinée
- 2 paires de Warthog
- 4 Harrier de la VMA-223 Bulldogs avant leur désactivation en Juin
- 2 QF-16 et leur E-9 de contrôle de cible (un Dash modifié)
- pas mal de T-38 (Beale, Vance) dont certains en déco spé
- 1 paire de F-35 d’Eglin dont un avec les pylônes sous les ailes
- 2 Orion, un NP-3C de l’USN Research Laboratory et un WP-3D « Hurricane Hunter » du NOAA
- une démo simultanée KC-46 / KC-135 / C-17 des instructeurs de ravitaillement d’Altus AFB




Une grosse présence de la NASA
Dès sa nomination, l’administrateur de la NASA a demandé à ses équipes d’ inspirer la nouvelle génération en renforçant la présence de l’agence lors des rassemblements aériens. Joignant le geste à la parole, il a acquis personnellement trois Northrop F-5 (ex-jordaniens), qu’il a fait repeindre aux couleurs du 250e anniversaire des États-Unis.
Ce dynamisme n’est pas un hasard. Jared Isaacman, fondateur de Draken International et fervent passionné d’aviation, possédait déjà un MiG-29, des Alphajet et des L-39 (qu’il a présentés à Oshkosh) et a commandé deux missions spatiales privées. Pour le meeting de Lakeland, il a ainsi orchestré le déploiement de pièces d’exception : le célèbre Super Guppy, un T-38 et sa propre patrouille de F-5 qu’il pilote lui-même, accompagné de deux autres cadres de l’agence spatiale.






Beaucoup de Fun
Aux États-Unis, le spectable est une véritable institution. Le mardi s’achève en apothéose par un concert monumental sur le tarmac. La scène, encadrée par deux imposants A-10 Warthog, vibre au rythme de la country, des couleurs nationales et de la pyrotechnie, tandis qu’un F-22 Raptor déchire la nuit avec des passages à pleine post-combustion au-dessus de la foule.
Le mercredi, le show aérien débute à 17h pour se prolonger jusqu’au cœur de la nuit. Le programme est électrique, voltige nocturne rythmée par des feux d’artifice et des lasers, ballet de drones traversé par des sauteurs en wingsuit et bande-son immersive mixée en direct par le DJ MOONLGHT, qui clotûre sur son remix de Freebird, évidemment.
Pour une ambiance plus intimiste, le jeudi soir se passe à « Paradise City ». Sur cette piste en herbe, les concours de décollage et d’atterrissage courts (STOL) côtoient la poésie des paramoteurs illuminés et le « night glow » envoûtant des montgolfières. Un spectacle total et mémorable.






Et beaucoup de Sun !
Il ne faut pas oublier que la Floride est au même niveau que le sud du Maroc, et même si on n’est qu’au mois d’Avril, ça tape déjà fort, voire très fort, avec le soleil quasi à la verticale à midi. Protection de rigueur, textile ou crème, et beaucoup d’eau pour la journée également. Si vous avez trop chaud, vous pouvez aussi faire un petit tour en PT-19 ou en Stearman pour vous rafraîchir. La température a aussi son impact côté photo, avec pas mal de brume de chaleur sachant qu’en plus la piste est plus loin du public qu’à Oshkosh par exemple. Elle est orientée Est-Ouest, ce qui met la lumière dans le dos la journée (garre à la nuque !) mais elle finit sur le seuil ouest à 17h, et en contre-jour pour le show crépusculaire.






Une édition 2026 plutôt réussie
Malgré les quelques annulations, Sun n’ Fun s’est montré à la hauteur de sa réputation, confirmant son statut de rendez-vous incontournable. Pour en saisir toute la richesse, y consacrer plusieurs jours est essentiel : la rotation des appareils est constante et beaucoup quittent le tarmac dès le vendredi ou le samedi. Trente et un ans après ma première visite, ce « revival » à Lakeland a tenu la plupart de ses promesses !
Plus de photos sur la galerie Sun n’ Fun du site Spotair













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